INTERVIEW JEAN-LOUIS BÉRENGUIER


"J'ai passé toute la deuxième mi-temps à me faire huer par tout le stade."


Ce joueur-là n'a joué que dans un seul club, le nôtre. Ce joueur-là a disputé 429 matchs en équipe professionnelle, la nôtre. Ce joueur-là a tout connu, les bons et les mauvais moments. Il n'en reste pas moins qu'il était un joueur emblématique de la rade. Défenseur rude et rugueux à l'époque où l'arrière-garde azur et or était crainte et respectée sur tous les stades de France. Il avait l'esprit, la combativité et la hargne propres à ceux de la rascasse et se devait, avec son compère Alfano, "d'initier ", de "former" les nouveaux au "savoir-faire " Toulonnais. Aujourd'hui, c'est avec Jean-Louis Bérenguier que le musée vous propose de reprendre notre série "d'entretiens".


JEAN-LOUIS, POURQUOI AVOIR CHOISI LE SPORTING ?

C'est ma mère qui a choisi pour moi. Je jouais en junior à La Ciotat, et elle m'a demandé si çà me plairait de faire un essai dans un club pro. Elle avait téléphoné à Duval et lui avait accepté. Quand je suis arrivé, il pensait avoir à faire à mon frère car lui l'intéressait pour un poste de gardien de but. Heureusement, le recruteur du sporting était là, il lui a dit: "c'est de lui que je t'ai parlé, lui que j'ai vu le week-end dernier". Finalement, j'ai fait un essai de 15 jours et un mois après, je jouais mon premier match en division 2, j'avais à peine 18 ans. J'ai devancé l'appel et j'ai fait mon service militaire à l'arsenal.


QUEL JOUEUR DU SPORTING T'A LE PLUS MARQUÉ ?

Onnis, il avait cette capacité à mettre des buts et un sens du jeu extraordinaire. Il était très rapide sur 10 mètres, contrairement à ce que l'on croit. Il y avait aussi Dalger... Un des joueurs les plus doués que j'ai vu dans ma carrière. Il avait toutes les qualités: rapide, dribbleur, adroit... Un caractère de cochon, mais un grand joueur. Et puis Albert Emon aussi... Ces trois-là en attaque, c'était juste magique. D'ailleurs, quand ils faisaient un concours de " barre transversale", ils démarraient aux 18 mètres et le premier qui échouait était éliminé... Bien souvent, ils finissaient les 3 sur la ligne du milieu de terrain.


UN SOUVENIR, UNE ANECDOTE SUR TON PASSAGE A TOULON ?

Il y en a deux. La première se passe lors d'une mise au vert d'avant-saison au Touquet. Le soir après la première journée de stage, Rolland nous convoque après le repas dans une salle de l'hôtel pour nous donner le planning de travail. On débarque tous en jeans - baskets sauf les 2 Hollandais: Lammers et Bosz : en claquettes - short. Ils étaient vachement étonnés et ont demandé à Rolland pourquoi on était "habillés"... Il leur a répondu, ce soir quartier libre et le premier qui rentre avant minuit, il a une amende! En fait, ces soirées servaient à créer et à forger un groupe... Parce que la suite de la mise au vert, on a souffert.

Enfin, la deuxième anecdote se passe contre Bordeaux, là-bas. En première mi-temps, je tacle un peu durement un des frères Vujovic et il sort sur blessure. Son frère, pour se venger, me tacle par-derrière et prends un rouge. À la mi-temps, Rolland me dit : "Jean Louis, double prime!". Mais ce qui est drôle, c'est que j'ai passé toute la deuxième mi-temps à me faire huer par tout le stade à chaque fois que je touchais le ballon.... C'était unique et énorme !


UN MATCH EN PARTICULIER ? 

Contre le psg quand on leur en met 5. On était sur un nuage, dans un état de grâce, toute l'équipe et moi avec. On leur a mis des buts et des gifles, on avait été très bon, c'est LE match référence, pour moi. À Monaco aussi, Rolland avait décidé de ne mettre que 2 défenseurs : Mendy et moi. On gagne 2 à 0 là-bas. Y'a des matchs comme çà, où tu sais que rien ne peut t'arriver, le bloc entier est serein. Et nous, c'était souvent contre les grosses équipes.


EN QUELQUES MOTS, SI TU DEVAIS RÉSUMER TON AVENTURE TOULONNAISE?

Ce sont les plus belles années de ma vie. J'ai eu beaucoup de chance de faire mon métier de footballeur à Toulon. C'était mon club, j'aurais souvent pu partir ailleurs, j'avais des opportunités, mais je suis resté. Quand tu rentres sur le terrain et que Mayol crie ton nom, c'est fantastique. Le public était extraordinaire. Et d'ailleurs, ce qui se passe maintenant avec le rugby à Toulon, je l'ai connu avec le sporting ! Y'a de la place pour les 2. N'oublions pas qu'à l'époque le rct avait déjà une grosse équipe. Bref, j'ai fais des rencontres extraordinaires.


QUE DEVIENS-TU ?

À la fin de ma carrière, j'ai fait agent de joueurs, j'avais entre autre Perez et Mandragon. J'étais conseiller pour un club: Galatasaray. Maintenant, je suis commerçant, et je peux même vous donner un scoop: je me suis associé avec Marcel Dib et on va ouvrir un restaurant à La Ciotat...


JEAN-LOUIS ET LE SPORTING :

Défenseur.

1977/1978: 26 matchs.

1978/1979: 36 matchs.

1979/1980: 27 matchs.

1980/1981: 28 matchs.

1981/1982: 36 matchs.

1982/1983: 34 matchs.

1983/1984: 42 matchs.

1984/1985: 36 matchs.

1985/1986: 32 matchs.

1986/1987: 32 matchs.

1987/1988: 41 matchs.

1988/1989: 34 matchs.

1989/1990: 33 matchs.

1990/1991: 17 matchs.

1991/1992: 26 matchs.

1992/1993: 18 matchs.

Entraîneur.

1992/1993: 10 matchs.

1993/1994: 31 matchs.

1994/1995: 36 matchs.