INTERVIEW GEORGES SANTOS

 


"J'étais rentré dans le moule toulonnais."


Il y a 27 ans, il fera partie des derniers effectifs professionnels, portant le maillot frappé de la rascasse, ayant existé à Toulon. Il aura, tout comme ses coéquipiers de galère, tout donné, sans jamais tricher, pour tenter de sauver le club. En vain. Les finances auront eu raison d'eux.

Symbole d'une génération sacrifiée et abandonnée, il aura dû se résigner à quitter le club et ses copains malgré son envie de rester sur les bords de la rade.

Défenseur solide, comme on les aime depuis toujours à Toulon, il aurait pu s'inscrire dans la durée au sein de ce groupe fait de combattants, de grinta et d'amour du maillot.

Aujourd'hui, c'est Georges Santos qui nous fait le plaisir de passer un moment avec le musée. 


GEORGES, POURQUOI AVOIR CHOISI LE SPORTING ?

Je me retrouve à Toulon par le biais de mon agent de l'époque qui me dit que le sporting cherchait un défenseur polyvalent et j'ai signé à Toulon.

Je suppose que j'avais fait une bonne impression auprès de Luigi (Alfano) et du club quand on avait contre eux l'année d'avant avec Beauvais en National 1.

Toulon avait terminé premier et nous second et les deux équipes étaient montées en D2 après une saison assez difficile et longue. Je me souviens bien de ça, parce que Zinzin (Zingaro) était venu faire un essai à Beauvais, qui avait été concluant, mais avait signé à Toulon. Et je l'ai retrouvé là-bas avec Didier (Rabat) et les anciens toulonnais. Et avec Didier, on a "accroché" tout de suite. Le premier jour où je suis arrivé, j'ai ouvert la porte et Didier a été le premier à venir me serrer la main et à me dire : "si tu as besoin de quelque chose ou quoi que ce soit, n'hésites pas".


QUEL JOUEUR T'A LE PLUS MARQUÉ ?

Tous ! 

Y'avait "Pompon" (Philippe Carvalho), David Maresu. Y'avait Cédric Charlet avec son pied gauche. Lui, il avait vraiment le profil anglais, tu sais : hargneux, technique, avec un pied gauche magnifique. Après, il y avait Didier (Rabat). La "Boisse" (Laurent Boissier) aussi : la technique, le pied gauche fin. Y'avait "Féfé" (Jean-Marc Ferreri) qui est venu nous renforcer, qui a marqué des buts, qui a fait la différence. "Zinzin" (Franck Zingaro) dans les buts. Après, y'avait "Zem" (Mejdi Zemzemi) : un petit jeune. T'avais "Calou" (Pascal Danieri), Thierry Ambrosi. "Tchoi" (François Vanverberghe) aussi. On avait une grosse équipe. Sans oublier Arthur Moses devant et Cabezas qui tournait autour. Angibaud aussi, qui pouvait jouer dans l'axe ou à droite et à gauche. La première année a été magnifique. La deuxième, plutôt mauvaise. On descend et il y a le dépôt de bilan.

Moi, les deux années que j'ai passées à Toulon, malgré les problèmes qu'il y a eu au début et à la fin, on était tous soudés. À Toulon, tu as tout pour réussir : le stade, le monde, les supporters. Tu avais pratiquement que des Toulonnais ...avec quelques Marseillais (rire). J'en oublie certainement, qu'ils me pardonnent.


UN SOUVENIR, UNE ANECDOTE SUR TON PASSAGE À TOULON ?

C'est le lien entre tous les joueurs. Quand il y avait "la pagaille", on était tous ensemble. Les bons, comme les mauvais moments, on était tous ensemble. Le groupe était magnifique. On vivait ensemble, même en semaine, on se retrouvait à "la baie des cochons" sur le port.   

Au début, on a eu des mauvais résultats, l'équipe s'est vraiment soudée et on a fait un parcours magnifique, la première année. On pensait que l'on aurait pu faire mieux la deuxième année et ça n'a pas été le cas.

On démarre avec Luigi, puis François Bracci prend le relais la première année. Albert Emon arrive la deuxième année, ça ne se passe pas bien, il est remplacé par Christian Dalger et on a failli se maintenir, mais il y avait tous ces problèmes financiers. Nous, sur le terrain, on a tout donné.


UN MATCH EN PARTICULIER ?

Tu me poses une colle (rire), on a en fait des beaux matchs. À "la Meinau", à l'extérieur avec François Bracci. La seconde année, je me souviens d'un match où l'on va gagner à Lille, qui jouait la montée, à dix contre onze. On sort le soir là-bas (je crois même qu'on a failli avoir une baston) et on a encore l'espoir de se maintenir. Magnifique victoire là-bas. On avait tenu à Grimonprez-Jooris. Il pleuvait, il faisait froid. 


EN QUELQUES MOTS, SI TU DEVAIS RÉSUMER TON AVENTURE TOULONNAISE ?

Une superbe expérience. Je pense que si on n'était pas descendu et que le club survive, je serais resté là-bas. J'étais bien. Même si j'étais Marseillais. Les Toulonnais m'appréciaient parce que j'étais rentré dans le moule toulonnais : la mentalité, la grinta, la détestation de la défaite. Je m'étais habitué à la vie à la toulonnaise. On était toujours supporté, aussi bien à Toulon qu'à l'extérieur.

Dommage tous ces problèmes financiers. Mais malgré ça, on s'est battu jusqu'à la fin. 


QUE DEVIENS-TU ?

Je suis recruteur à West Ham. J'entame ma cinquième saison. Auparavant, j'étais à l'OM, à Majorque, à Manchester City. Il faut être à l'affût de joueurs talentueux, à fort potentiel. Soit tu es rapide et tu fais de jeunes joueurs. Mais il y a aussi de la frustration dans notre métier, car parfois, on n'est pas écouté, car ce n'est pas le profil du coach, ou financièrement. Je supervise sur la France et je supervise le poste de défenseur central. C'était la volonté de l'ancien responsable du recrutement qui a été évincé il y a peu. Il n'y a pas de tranches d'âge. Si un jeune de seize, dix-sept ans est talentueux, je me dois de le noter, car on a des recruteurs au niveau de l'académie. Mais ils doivent être "opérationnels" de suite. Je supervise la Ligue 1 ou la Série A ou même la Ligue 2. C'est notre métier de recruteur de faire : la "fouine".

Je vais aussi m'intéresser quand il le faut aux U19 pour également préparer l'avenir avec les collègues de l'académie.. 

Tu es obligé de prendre tout en compte, sa valeur physique, marchande, s'il supportera la pression des supporters, le froid, la pluie ou la neige. Tout cela, la data ne pourra jamais te la donner.


GEORGES ET LE SPORTING :

Défenseur.

1996 / 1997 : 22 matchs.

1997 / 1998 : 19 matchs.