INTERVIEW ANTOINE LEONETTI



"On dormait dans les filets des bagages au-dessus des banquettes."

 Il est avec  "Jeannot Fournier, le plus ancien licencié du Sporting Toulon à pouvoir nous transmettre la mémoire du club. 

Avec sa première licence azur et or prise en 1954, il aura côtoyé des noms qui feront ce qu'est devenu le sporting tout au long de ses 80 ans d'existence : Pellegrino, Roubaud, Gaby Robert, Lenfant, Marquet, Ben Driss, Meftah, Forzano, Marcel Duval, Vicot, Gallard, Robert Blanc, Vibourel, Sudre, Camillat, Matzky, Ditto. La liste pourrait encore être longue tant, le Sporting était riche de ses hommes.

Arrivé d'Hyères pour étoffer le groupe junior afin de "faire" la Gambardella, il intégrera le groupe pro, pour ne plus le quitter, dès la première saison.

Aujourd'hui, c'est avec beaucoup de respect et d'humilité que le musée vous présente Monsieur Antoine Léonetti.


ANTOINE, POURQUOI AVOIR CHOISI LE SPORTING ?

J'étais cadet Sud-Est et je jouais au Hyères Football Club, et c'est Gaby Robert qui m'a fait venir au Sporting.

Je jouais en DH à Hyères et j'étais double surclassé.

Il a fallu que mon père aille à la ligue à Marseille pour demander l'autorisation de partir au Sporting, car le Hyères Football Club s'y était opposé.

Et je suis arrivé au Sporting et j'ai fait la coupe Gambardella. Y'avait Jeannot Fournier, Bernard Roubaud, Pierrot Marquet, Jean-Marie Dubois. C'est comme ça que je suis arrivé au Sporting.


QUEL JOUEUR DU SPORTING VOUS A LE PLUS MARQUÉ ? 

Techniquement, c'était Ben Driss. Et puis c'étaient tous les copains : Marcel Duval, Théo Lenfant, et Gaby Robert sur le banc. Devant, c'était fort aussi avec Meftah, Roubaud et moi. Au milieu de terrain Jean Camilla (un technicien hors pair), Mimi Gaillard. Derrière, y'avait Ben Nacef, Robert Blanc, Firoud, Matzky, Haddad, Pellegrino, Pierrot Marquet jouait aussi. Etienne (Vibourel) ne jouait pas souvent.

Moi, je débutais, j'étais heureux J'avais dix-sept ans.

Le premier match que j'ai fait, j'avais dix ans, c'était contre Montpellier.

Et en junior, on a fait c'te coupe Gambardella, on a été jusqu'en demi-finale.

J'ai été stagiaire deux ou trois ans et je suis devenu pro quand il a fallu que je parte à Valenciennes.


UN SOUVENIR, UNE ANECDOTE SUR VOTRE PASSAGE À TOULON ?

On voyageait en troisième classe. On dormait dans les filets des bagages au-dessus des banquettes et on rentrait après le match. 

J'étais bien, j'avais dix-huit/dix-neuf ans. Le football était une passion depuis tout petit. J'ai quitté les études que pour le football.

On faisait des bons déplacements en train. À Rouen, au C.A.Paris, à Nantes, Grenoble, Besançon.

Le président de Marseille de l'époque, il s'appelait Zaraya, voulait acheter Roubaud et moi. Ça ne s'est pas fait, parce que c'était trop cher pour eux, donc je suis parti à Valenciennes après.

Mais j'ai appris mon métier en côtoyant des gens comme Théo Lenfant, Jean Camilla.

Y'a un truc qui m'a marqué. C'est le type de Gaby Robert. Quand il manquait des joueurs, Gaby jouait. L'effectif n'était pas nombreux. Pour faire jouer les juniors : Sudre, Roubaud, Fournier et moi. 

Un jour sur le terrain gelé de Besançon, il tire au-dessus du but. Il continue sa course dans les filets du but. Il a coupé le filet avec les dents de colère. Je l'ai vu.


UN MATCH EN PARTICULIER ?

Y'a un truc qui m'a marqué. C'est le type de Gaby Robert. Quand il manquait des joueurs, Gaby jouait. L'effectif n'était pas nombreux. Pour faire jouer les juniors : Sudre, Roubaud, Fournier et moi. 

Un jour sur le terrain gelé de Besançon, il tire au-dessus du but. Il continue sa course dans les filets du but. Il a coupé le filet avec les dents de colère. Je l'ai vu.


EN QUELQUES MOTS, SI VOUS DEVIEZ RÉSUMER VOTRE AVENTURE À TOULON :

J'étais enchanté, j'étais gamin. Pour moi, c'était le top. C'était ma vie, le football. J'allais en faire mon métier.

Le Sporting, c'était le gros club de la région. 

J'ai débuté à Mayol et après, c'était Bon Rencontre. C'était plein. Il avait fait une tribune et derrière chaque but, il y avait des monticules de terre. Les gens se mettaient là. Et la tribune d'en face : pareil. De la terre tout le long. Et dans la pelouse, il y avait des bouts de verre. Quand on arrivait le matin, on prenait un truc et on ramassait les bouts de verres avant l'entraînement.

Les vestiaires, c'était une cabane en planches qui était derrière le but du fond. On se "pelait", pas de chauffage l'hiver et le stade était plein.

Et une ambiance entre nous : extraordinaire !

On s'entraînait tous les matins, du mardi au vendredi.

C'était le début du foot professionnel. Il n'y avait pas de fric. Sur le maillot, il n'y avait rien. Il n'y avait que l'argent des dirigeants et des recettes.


VOUS SUIVEZ TOURJOURS LES RÉSULTATS DU SPORTING ?

Oui, toujours. C'est un crève-cœur. Ça me rend malheureux de les voir stagner comme ça.

J'ai débuté à Hyères, mais mon club de cœur  (une immense émotion se perçoit dans le regard d'Antoine), c'est le Sporting club de Toulon. C'est là que j'ai mes meilleurs souvenirs.

Le seul regret que j'ai, c'est d'être parti à Valenciennes, je n'aurais jamais dû partir. C'est le Sporting du président Depallens qui m'a fait partir. Parce qu'à l'époque, ça a été dix millions d'anciens francs pour le transfert en 58. Le Sporting ne m'a rien donné. Personne ne m'a conseillé. Les agents, comme maintenant n'existaient pas.


ANTOINE ET LE SPORTING :

Milieu / Attaquant.

1954 / 1955 :  2 matchs.

1955 / 1956 : 10 matchs. 1 but.

1956 / 1957 : 23 matchs. 1 but.

1957 / 1958 : 11 matchs. 9 buts